L’ivresse de Platonov
L’un y a vu des fureurs rock sur fond de fêtes endiablées. L’autre y voit un naufrage jazzy dans une party délicate, figée. Entre le Français Eric Lacascade, auteur d’un Platonov salué au Festival d’Avignon en 2002 (à l’affiche de la Comédie, au BFM en 2003), et le Genevois Valentin Rossier, metteur en scène de Platonov au Théâtre de Carouge ces jours, il y a toute la grâce du théâtre: une lecture qui révèle son auteur.
Et l’auteur lui-même? Anton Tchekhov avait 18 ans lorsqu’il a écrit les aventures de cet instituteur qui ne s’aime pas et est pourtant aimé par toutes les femmes. Formidable velléitaire qui construit son malheur avec obstination, allumant des feux qu’il ne peut alimenter et qui viennent mourir à ses pieds. Le ressort de ces amoureuses (é)perdues? L’envie de sauver cet échoué magnifique, l’orgueil d’être celle qui le sortira de ce don juanisme mou, reflet du dégoût de soi.
Ladies en robe charleston, gentlemen en complet sombre sur chemise blanche: au Théâtre de Carouge, Valentin Rossier situe ces impasses existentielles dans une élégance années trente. On pense aux Damnés de Visconti ou au Guépard, même si l’époque ne convient pas. Le rapprochement se situe dans ce temps suspendu, cette décadence ennuyée qui cherche à meubler sa riche vacuité.
Comme d’ordinaire chez Valentin Rossier, le trouble est intérieur, profond. Perceptible dans des silences, des mots à peine appuyés, une façon de laisser une phrase traîner. Le public apprécie, heureux de cette complicité. Et heureux aussi que des micros placés au ras de la rampe relaient cette parole sotto voce. Il y a si peu d’éclats, si peu de cris que lorsque, au bout du bout, Sonia (Elodie Bordas) hurle son émoi, on s’étonne que le cri appartienne encore aux possibles humains.
Valentin Rossier a ce talent rare d’imposer ce climat feutré, ce spleen qui est le sien. Ce qui n’empêche pas l’humour. Au contraire, la dérision est même le corollaire de ce constant regard sur soi. Autour du metteur en scène qui compose un Platonov immature et romantique, tout droit sorti d’une pièce de Musset, chaque comédien joue sur la fatuité de ces âmes plus égratignées que blessées. Ils sont parfaits: Claude-Inga Barbey en veuve désabusée, Armen Godel en Juif dansant, Vincent Bonillo en mari trompé noyant son chagrin dans l’hilarité ou encore Guillaume Prin en parvenu arrogant
Seuls le moujik Ossip (Roberto Molo) et la simple Sacha (Julia Batinova) ont les accents de la sincérité. C’est qu’ils incarnent le monde paysan que ni Tchekhov ni Valentin Rossier ne souhaitent brocarder.
Marie-Pierre Genecand – Le Temps Mardi 19 janvier 2010
Écoutez également Maurice Aufair au micro de Patrick Ferla sur Rsr La 1ère : cliquer ici

Merci pour ce fantastique moment dans la vie éprouvée de Platonov, c’était un régal d’humour et de personnages torturés, interprétés avec toute la bonne recette pour que cela reste une histoire à laquelle l’on peut encore repenser.
Assisté à PLATINOV samedi dernier, le 23 janvier.
Vos acteurs sont trop loin des spectateurs, donc pas de « contact », ce qui est très dommage. Ce qui donne l’impression . Il est parfois difficile de bien tout comprendre, nous étions pourtant au 1er rang.
Enfin il serait souhaitable – même indispensable, d’avoir un vestiaire gardé comme par le passé; supporter des manteaux/vestes d’hiver sur les genoux pendant plus de 2 heures n’est guère agréable.
Je vous remercie de me lire, étant une « fan » de théâtre.
Amitiés, salutations et bon courage. Denise
Représentation du jeudi 21/01. Pour nous, prolongation d’une programmation réalisée en demi-teinte, ne confirmant pas, pour l’instant, les promesses de la première saison de Jean Liermier. Volontairement on ne rentre pas dans le détail, mais ce Platonov manque singulièrement d’ énergie, malgré, selon la Tribune, une distribution « étincellante »…??? Et je confirme les impressions de D.Keller, en tout cas en début de spectacle, pour les faiblesses vocales de certain(e)s act-rices-eurs. On attend beaucoup de la suite de la saison. Au fait, pourquoi ne mentionnez-vous pas que Philoctète est une production du Théâtre National Populaire? On peut avoir de plus mauvaises fréquentations que ça, non?